*Problématique du vol habité
RHSFPC Etude Aerospace CorpAudition de Robert Zubrin par la Commission Augustine (You Tube)
Mars Society Switzerland
L’abandon du programme Constellation, un drame qui s’est joué en plusieurs actes. Lorsque le 14 avril 2005, l’Administrateur Michael Griffin a pris en charge la direction de la NASA, on pouvait penser que l’agence allait reprendre les vols habités au-delà de l’orbite basse terrestre et que le débarquement sur Mars aurait lieu quelques années plus tard (« during our lifetime »). L’un des membres fondateurs de la Mars Society en 1998, Michael Griffin commença par adopter comme base de sa réflexion stratégique le plan « Mars Direct » de Robert Zubrin. Cela donna lieu à la première des DRM (Design Reference Mission) du projet « Constellation » pour l’exploration de la « Lune, Mars et au-delà ». Mais le ver entra très vite dans le fruit : le Congrès Américain ne comprit pas que l’effort était le même pour aller sur la Lune que pour aller sur Mars et que l’intérêt scientifique de Mars était bien supérieur à celui de la Lune. Par ailleurs, la NASA était inhibée par le souvenir de la catastrophe de la navette Columbia. Très tôt, la NASA se lança dans une architecture de vol plus complexe que celle que préconisait Robert Zubrin, qui était inspirée par le désir d’envoyer six astronautes et non quatre par capsule habitée et aussi par un principe de précaution écrasant. Au lieu du vol direct, on choisit un vol semi direct avec docking de deux éléments en orbite basse terrestre et découplage de deux éléments en orbite basse martienne (d’une part un orbiteur, d’autre part un atterrisseur avec son ERV). Plutôt que de commencer immédiatement à travailler sur le lanceur lourd, Ares V et à le terminer avant la fin du mandat de George Bush junior, la NASA commença par travailler sur le lanceur « moyen » Ares 1 (qui aurait pu être une Ariane 5 améliorée si les relations avec l’Europe avait été plus confiantes). Plutôt que de mettre au point le moteur méthane / oxygène indispensable pour utiliser à plein les ressources locales de Mars, on y renonça parce que la première étape devait être la Lune et non Mars. Plutôt que de se focaliser sur Mars, on oublia cet objectif parce que les hommes politiques avait imposé un absurde passage par la Lune (et du coup on s’imposa d’extraire de la gravité terrestres des masses plus importantes). On reporta à plus tard la mise au point de la gravité artificielle de l’habitat en vol puisque dans un premier temps il ne s’agissait que d’aller sur la Lune et qu’on n'avait pas besoin pour un voyage si court de contrer les effets de l’apesanteur. Le résultat, c’est qu’à la fin de la présidence de George W Bush, rien n’était terminé et les Etats-Unis étaient entrés dans la plus sévère crise économique qu’ils aient connue depuis 1929. Le programme DRA5 (la dernière version des DRM, mise au point début 2009 et publiée en juillet, voir ci-dessous ) reflétait l’inflation architecturale et surtout budgétaire du projet. Parallèlement le président Obama pour qui la première préoccupation était la maîtrise de la Crise et la deuxième, son programme d’assurance maladie pour tous les Américains, demanda un audit de l’action de la NASA puis, en mai 2009, nomma une commission, « Augustine Committee » (du nom de son président « Norman Augustine), pour lui faire des recommandations sur la politique spatiale. Ces recommandations furent publiées le 8 septembre 2009 sous le nom de «Review of US Human Flight Plans Committee» (« RHFPC »). Entretemps il avait changé l’administrateur de la NASA en remplaçant le 17 juillet 2009, Mike Griffin par Charles Bolden. Certes de tels changements à des postes « politiques » ne sont pas anormaux aux Etats-Unis mais la personnalité de Bolden indiquait déjà une réticence forte vis-à-vis du projet Constellation. Le « climat » était donc mauvais. Pour aggraver les choses, la NASA, pour préparer la DRA5 et la Commission Augustine pour établir son rapport, travaillèrent sur des estimations de coûts préparées par l’Aerospace Corporation (US Air Force) qui furent grossièrement enflées ( voir ci-dessous ). Sur ces bases, la Commission Augustine dans son rapport RHSFPC conclut (première version 9 sept. 2009, voir ci-dessous ) que la NASA ne disposait pas des fonds nécessaires pour mener à bien le projet Constellation et recommanda d’adopter (1) un programme ISS prolongé, avec à côté (2) un petit programme d’exploration au-delà de l’orbite basse terrestre, dit « Flexible Path », consistant en divers vols dans l'Espace, sans but choisi (Near Earth Objects, Points de Lagrange, Phobos, orbites autour de la Lune et ou de Mars), tout en travaillant (3) à la mise au point des moteurs à propulsion électro-nucléaire du futur. Robert Zubrin se battit avec acharnement. Invité à s'exprimer le 5 août 2009 devant la Commission Augustine, il confirma avec force sa recommandation d'appliquer le programme Mars Direct tel que prévu à l'origine (voir ci dessous (*) l'enregistrement de son audition sur You Tube) et attaqua par une lettre ouverte au président Obama, le 29 aout, la mauvaise qualité des estimations faites par Aerospace Corp (« junk cost estimates »). Il y eu ensuite une longue attente. Le président Obama devait se prononcer sur la suite à donner aux recommandations de la Commission Augustine. Les délais indicatifs pour la prise de décision furent sans cesse repoussés, ce qui n’était évidemment pas bon signe. Finalement, contraint et forcé par les délais imposés par le dépôt du budget 2011 devant le Congrès, le président à décidé le 1er février d’arrêter le programme Constellation. Le lanceur Ares 1 qui a fait un vol d’essai concluant et sur lequel la NASA a déjà investi 9 milliards de dollars ne sera pas construit (il manquait encore 3 milliards de dollars pour le rendre opérationnel). Les Etats Unis prolongeront leur collaboration internationale pour « exploiter » l’ISS au-delà de 2016 et au moins jusqu’en 2020. La NASA devra susciter la création par le secteur privé d’un nouveau lanceur pour desservir l’ISS puisque la Navette doit s’arrêter en 2011 (plus que cinq vols). Au-delà de l’orbite basse terrestre il est vaguement prévu des vols d’opportunité mais la NASA doit essentiellement étudier de nouveaux modes de propulsions qui permettront de raccourcir le voyage martien à « quelques semaines ». C’est dire qu’en attendant, on n’ira sûrement pas "se balader" du côté de Phobos ! Cette décision est évidemment catastrophique. Elle exprime le désintérêt du président Obama pour la conquête spatiale. Les Etats Unis vont prendre un sérieux retard et aucun autre pays n’est capable de prendre le relais au niveau technologique où ils sont actuellement. L’Europe, via Jean-Jacques Dordain, directeur de l’ESA, est ravie de pouvoir continuer à utiliser l’ISS dans laquelle elle a fait un investissement relativement lourd, même si elle ne sait pas trop quoi y faire. Les Chinois et les Indiens sont encore balbutiants dans leur recherche en astronautique. Reste un espoir ténu : le refus par le Congrès de ce programme qui n’en est pas un et, dans de nombreuses années, l’aiguillon des chinois planté dans l’amour propre des Américains…à moins que le successeur du président Obama ne prenne le contrepied de cette politique. Pour les années à venir, il faut donc prendre son mal en patience et profiter au maximum des missions robotiques : Mars Science Laboratory (qui doit être lancé par la NASA en 2011) et ExoMars (un atterrisseur de démonstration, lancé par l'ESA, « EDL », en 2016 et deux rovers- l’un de la NASA et l’autre de l'ESA- en 2018). Pierre Brisson 6 février 2010
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