L’entreprise privée comme alternative pour financer l’exploration spatiale.
4 1 2 3 10 5 6 7 8 9 11Ces temps derniers ont a pu lire l’annonce d’entreprises privées dans l’Espace qui auraient été inconcevables il y a seulement quelques années. C’est d’abord le « space activist » Peter Diamandis qui a annoncée le 24 Avril la création de la société « Planetary Resources » avec le soutien de plusieurs entrepreneurs connus dont Larry Page, Eric Schmidt (Google), Charles Simonyi (Microsoft), James Cameron. Le but de cette société est d'exploiter les astéroïdes riches en métaux de l'environnement terrestre (« Near Earth Asteroids » ou « NEA »). L’objet de Planetary Resources est justifié par la teneur en métaux précieux des astéroïdes qui peut être très élevée. En Afrique du Sud où se trouvent les principales mines de platine, les meilleurs minerais peuvent donner entre 3 à 5 grammes de « pgm » (« platinum group metals ») par tonne. Certains astéroïdes pourraient en contenir 50 grammes par tonne. Les minerais accessibles sur Terre, proviennent très probablement du Grand bombardement tardif (« LHB ») intervenu après que la croute de la Terre se soit formée, il y a 3,9 milliards d’années, période brève pendant laquelle la Terre a reçu une pluie d’astéroïdes résultant de perturbations créées par Jupiter dans le système solaire extérieur. Sans ce bombardement, il n’y aurait pas de métaux précieux à la surface de la Terre car ceux qui se trouvaient dans la région de l’orbite terrestre lors de l’accrétion de notre planète, il y a environ 4,5 milliards d’années, sont allés rejoindre très vite, du fait de leur densité élevée et de l’état magmatique de la surface (quasi « liquide »), son noyau de fer et de nickel. Maintenant que les gisements les plus riches de la Terre ont été exploités, aller chercher les métaux précieux dans les astéroïdes NEA ne devrait pas être beaucoup plus difficile que de creuser des puits de plusieurs kilomètres de profondeur dans la croûte terrestre ou collecter des nodules polymétalliques au fond des océans. L’accessibilité des NEA est facilitée par leur proximité de la Terre (sous réserve que l’excentricité de leur orbite ne soit pas trop forte) et par leur force de gravité quasi nulle. Cela implique une dépense d’énergie relativement raisonnable par rapport à un voyage sur la Lune ou sur Mars qui constituent des « puits de gravité » profonds, dans lesquels il faut freiner vigoureusement pour se poser sans dommage et d’où on ne peut s’extraire pour revenir sur Terre que moyennant une très forte impulsion. Le revers de la médaille de la microgravité est évidemment la difficulté de travailler dans un environnement où rien n’a de poids. L’extraction des minerais et leur chargement n’y sera pas facile. Globalement le coût global d’exploitation est probablement encore trop élevé pour qu’elle soit « économique » (même à quelques 40.000 dollars le kilo de platine) mais c’est certainement quelque chose qui peut être considéré puisque théoriquement faisable techniquement. Il faut bien voir que la création de Planetary Resources vient s’ajouter à d’autres initiatives récentes. Ensemble elles constituent les prémisses d’une économie spatiale privée dont les partenaires pourraient interagir non seulement avec les agences spatiales publiques mais également entre eux et avec le public, entreprises « terrestres » et particuliers. Parmi ces autres initiatives, on peut distinguer la soumission de SpaceX (Elon Musk) à l’appel d’offres de la NASA pour approvisionner la Station Spatiale Internationale (« ISS ») avec le lanceur Falcon 9 équipé de sa capsule Dragon, suivi du choix par la NASA de cette société en décembre 2008. Comme chacun sait le vol d’essai vient d’avoir lieu et maintenant que la capsule Orion est revenue sur Terre en bonnes conditions (le 31 mai), on peut dire que le succès a été complet et que la société a gagné le contrat pour la douzaine de vols qui doit suivre et qui doit lui rapporter 1,6 milliards de dollars. Mais cette initiative n’est pas la seule. Le 11 mai, Bigelow Aerospace (Robert Bigelow) a signé un accord avec SpaceX pour la promotion croisée de leurs entreprises spatiales à savoir la vente de vols des fusées Falcon 9 et l’exploitation d’hôtels spatiaux "BA330" de Bigelow (modules de 330 mètres cubes habitables). Cela pourrait être un moyen pour SpaceX de recueillir des fonds en dehors des dessertes de l'ISS. La promotion de la joint-venture commence en Asie ... là où se trouve l'argent aujourd’hui. De même, Virgin Galactic (Richard Branson) s'emploie à générer des revenus et espérons-le, des profits, à partir de vols commerciaux courts dans l'espace « proche » (100km). Pour le long terme, Richard Branson a lancé une réflexion sur les vols habités vers Mars (projet " Virgle "lancé en Avril 2008, en collaboration avec Google). Ailleurs dans le monde, la société semi-publique russe « Orbital technologies » (« OT ») a lancé en aout 2011 le projet d’une « Orbital Space Station » de 20 mètres cubes habitables. Dans ces diverses structures, les entrepreneurs privés recherchent non seulement l’obtention de marchés de la NASA (ou d’autres agences publiques), mais aussi la vente à d’autres sociétés ou personnes privées. C'est-à-dire que leur financement pourrait venir non seulement des grandes agences spatiales mais aussi d’«autres» sources. Si cette « nouvelle » économie réussissait à générer des profits, les entrepreneurs qui l’animent, seraient inciter à aller encore plus loin et ils pourraient le faire de façon autonome grâce aux économies d’échelles sur les lanceurs dont leur développement auront permis la production « en série ». Ils auraient l’argent et les instruments pour agir et ils ne seraient pas soumis aux contraintes politiques qui font qu’aujourd’hui les vols spatiaux dans l’espace profond ne sont plus prioritaires pour les Etats bien davantage orientés vers la résolution de leurs problèmes sociaux et économiques. « Encore plus loin » ce pourrait être d’abord les astéroïdes de la « Ceinture d’astéroïdes », entre Mars et Jupiter. Ils sont beaucoup plus nombreux (des millions plutôt que des milliers) et le choix qu’ils offrent en fonction des métaux et des teneurs en métaux, est évidemment plus ouvert. Ce pourrait être ensuite, indirectement, la planète Mars. Il faut en effet avoir à l’esprit que tous les entrepreneurs ci-dessus mentionnés sont des « Rêveurs de Mars » comme les a présentés Richard Dindo dans son film du même nom (2010). S’ils en ont les moyens, il ne faut pas douter qu’ils iront sur cette planète, avec un objectif d’enrichissement personnel, de quête scientifique et d’aventure. On pourrait effectivement, dans hypothèse d’une exploitation des astéroïdes de la « Ceinture », utiliser Mars comme base avancée. Des dispositifs d'observations y seraient installés afin de déterminer quels astéroïdes devraient être visités. Les équipages auraient la possibilité de s’y réfugier et de stocker du matériel pour leur activité. Cette utilisation de Mars permettrait de gagner en temps, en sécurité et en énergie par rapport à un retour sur Terre (en fonction cependant de la position de l’astéroïde par rapport à Mars et à la Terre au moment où le besoin de « terre ferme » ou de pièces de rechange se ferait sentir). Il aurait comme effet collatéral de permettre une exploration scientifique plus efficace de la planète. Cela ne sera possible évidemment qu’après que l’homme s’y soit installé mais les vols dans l’espace profond devenant fréquents, le coût du voyage devrait baisser et l’horizon de ce futur se rapprocher. Il est donc très important aussi bien pour la prospérité économique de la Terre que pour le progrès de la Science, que le démarrage de l’économie spatiale privée réussisse. C’est pourquoi il faut saluer ces prémisses. Ils constituent une étape capitale pour la poursuite de l’action de l’homme dans l’espace. Pierre Brisson Président de la Mars Society Switzerland
Space-X Orion de retour sur Terre (31 Mai 2012) Photo credit Space-X Corporation
Problématique du Vol Habité
Mars Society Switzerland
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