Suite 1 3Le président Obama recadre sa politique d’exploration spatiale mais ne répond pas vraiment aux attentes. ( Publié dans Le Temps du 28 avril 2010) Dans un discours très attendu prononcé jeudi 15 avril au centre spatial Kennedy, en Floride, le président des Etats-Unis a enfin exposé sa politique d’exploration et redressé les aspects les plus négatifs du malheureux «plan» présenté par la NASA le 2 février dernier. Les partisans de l’«objectif Mars» restent cependant déçus. En matière de destinations. Le président se rallie sans surprise à l’option « flexible path » proposée par la commission Augustine. Alors que l’initiative de son prédécesseur, en 2004, nommait la Lune et la construction d’une base lunaire comme objectifs, il abandonne très nettement ce choix ("nous y sommes déjà allés"). Ceci dit, bien que Mars soit maintenant désignée comme la destination, elle ne l’est que pour après de nombreux préalables technologiques ou d'étapes préparatoires. Selon une progression logique en termes d’exigences énergétiques et de durée, ces étapes seront : séjour en orbite lunaire, visite d’un point de Lagrange, visite d’un astéroïde géocroiseur, séjour en orbite martienne, atterrissage sur le sol martien. On est loin de la simplicité de la conception Mars Direct, même si on aboutit à un programme concret. On doit s’interroger sur l’utilité de ces étapes, à commencer par l’envoi d’un équipage autour de la Lune. Il n’y accomplira rien que ne pourraient faire de simples instruments d’observation, et la démonstration de la faisabilité de ce voyage, plus de cinquante ans après Apollo 8, tombera complètement à plat. La mission vers un point de Lagrange, quant à elle, apparait comme une mission vers nulle part. On aurait pu au moins lui assigner un but de maintenance du successeur du télescope spatial qu’on pourrait y positionner. Mais il ne s’agit pas de cela. L’objectif d’y installer un dépôt de carburant pour de futures missions « vers la Lune, Mars et d’autres destinations » semble complètement farfelu (quel intérêt d’aller si loin chercher ce carburant, comment le préserver de fuites, pourquoi devoir freiner un éventuel vaisseau spatial à cet endroit avant de lui donner une nouvelle impulsion ?). Par ailleurs, les diverses destinations lointaines avec aller et retour sans escale sur Mars, pose le problème d’une durée accrue d’exposition aux radiations (la planète Mars et son atmosphère peuvent fournir en effet une protection certaine pendant le séjour en surface) et aussi celui d’une durée accrue d’exposition à l’apesanteur (toutes ces destinations, contrairement à Mars ne pouvant fournir au mieux qu’une microgravité). La seule étape intermédiaire qui pourrait être utile sur le plan sociétal et qui serait significative en termes de maîtrise technologique et de connaissance scientifique, (sans pour autant répondre aux soucis d’exposition aux radiations et à la microgravité) est la visite d’un astéroïde géocroiseur. La NASA ferait mieux d’oublier ces « divertissements » et d’économiser ses ressources en vue de la préparation du voyage vers et sur Mars (puisqu’elle est reconnue d’ores et déjà comme la destination qui mérite les efforts du pays). En matière de contenu programmatique . Bien que le discours n’ait pas eu pour objet de discuter les options techniques, on peut critiquer les points suivants : Pour le lanceur lourd il n’y a rien à espérer de recherches préliminaires ; développer un nouveau moteur oxygène-kérosène, en particulier, ce n’est pas de la recherche ! Les Américains ont toutes les technologies en main pour développer ce type de lanceur. Ils peuvent s’inspirer du lanceur lourd construit en 1967, le Saturn V, qui a été utilisé pour les programmes Apollo et Skylab. Alors, pourquoi attendre ? Par contre, la recherche technologique se justifierait en propulsion spatiale (i.e. après le lancement, hors atmosphère), mais, que ce soit en propulsion nucléaire ou en propulsion électrique de forte puissance, aucune allusion n’y est faite. Il est positif de vouloir tirer parti de l’acquis du développement en cours de la capsule Orion, en en dérivant une version allégée (Orion Lite) qui sera utilisée comme prototype de la future capsule interplanétaire, tout en servant de « canot de sauvetage » à la Station Spatiale . Malheureusement cette capsule, dénudée par rapport à ce qui était prévu, sera le seul élément préservé de ces dernières années de travail et des 9 milliards déjà dépensés pour le programme Constellation. De plus, sa fonction de simple canot de sauvetage risque de perdurer au détriment d’autres utilisations plus intéressantes car il se confirme que la Station Spatiale sera maintenue à bout de bras au moins jusqu'en 2020, et peut-être encore plus longtemps. Indépendamment de toute autre considération, cela représentera une pesanteur budgétaire non négligeable, année après année qui empêchera de conduire tout autre programme lourd. Il manque par ailleurs à la « panoplie » dont le développement est envisagé des éléments essentiels (mais déjà étudiés sur le plan théorique) pour les voyages lointains, notamment le module d’habitation interplanétaire et la gravité artificielle. Le module serait nécessaire pour les missions lointaines, à commencer par la mission géocroiseur. Il pourrait certes être développé à partir de l’expérience de la Station Spatiale mais il faudrait le décider et il devrait être intrinsèquement lié à la mise au point d’un système de gravité artificielle par force centrifuge. Il faudra bien finir par travailler sérieusement à ce système si l’on veut que les astronautes puissent arriver en bonne santé et opérationnels sur la planète rouge. D’une façon générale, dans la plupart des domaines, soit par manque de connaissance des réalités techniques, soit pour légitimer le report des échéances, les travaux préparatoires sont soit mal ciblés, soit marqués d’une nécessité largement surévaluée. La maîtrise de la propulsion, des vols interplanétaires et des séjours longue durée dans l’espace, démontrée par la Navette et les autres lanceurs, les sondes interplanétaires et les stations spatiales successives nous permettraient pourtant sans aucun doute d’avancer dès maintenant de façon beaucoup plus pertinente et rapide. En matière d’échéances . La plus déterminante des objections faites au plan de la NASA présenté le 2 février était l’absence de toute indication sur des échéances permettant de donner consistance à une ambition qui, sans cela, surtout compte tenu de la mise en avant suspecte d’un programme préalable de recherche technologique indéterminé, risque de se transformer immanquablement en velléité. On pourrait penser que le président Obama l’a compris puisqu’il a précisé des étapes : développement du lanceur lourd à partir de 2015 ; mission vers un astéroïde géocroiseur en 2025, mission en orbite martienne en 2035, suivie du débarquement sur Mars…En apparence, cela « met en perspective » et semble donner un gage à ceux qui craignaient de voir la NASA s’enliser dans un programme technologique déstructuré par l’absence d’objectifs concrets. Cependant, malgré un jalonnement satisfaisant car clairement indiqué, l’inquiétude demeure. En effet, l’expérience montre qu’une dilution des efforts dans le temps fragilise les programmes, d’autant plus lorsque ceux-ci supposent une continuité du soutien politique. Cet étalement les rend aussi immanquablement plus coûteux et moins productifs. En l’occurrence, un programme plus dynamique ne nécessiterait pas plus de ressources ! Au contraire, il permettrait d’éviter des travaux préparatoires qui se révéleront en fin de compte inutiles, mais aussi de réduire le nombre d’objectifs intermédiaires, et donc celui des matériels et des opérations associés. Encore un effort ! Le président a voulu montrer qu’il était attentif aux critiques engendrées par la présentation pour le moins désinvolte et bien mal préparée du 2 février. Ces protestations avaient, il est vrai, atteint une ampleur extraordinaire, aussi bien de la part des parlementaires (des deux bords), inquiets d’un abandon du leadership américain et des conséquences immédiates sur l’emploi, que de la part de figures historiques de l’espace ou que des associations de partisans de la conquête spatiale, au premier rang desquels, bien évidemment, la Mars Society. Le président s’est prononcé vigoureusement en faveur de l’entreprise ; faisant allusion aux prestigieuses réalisations du passé, il a déclaré : « la question pour nous est désormais de savoir si c’était le début ou la fin de quelque chose. Je préfère croire que c’était un commencement ». Il a également affirmé clairement la signification stratégique des programmes spatiaux pour la nation américaine : « les programmes spatiaux ne sont pas un luxe pour les États-unis, mais bien une nécessité ». Cependant, comme nous l’avons vu, la politique annoncée souffre à la fois de complications inutiles et de lacunes graves. Au-delà des déclarations de principe, il était peut-être prématuré, dans le contexte économique actuel, d’afficher d’emblée une ambition réellement à hauteur des enjeux. On peut toujours l’espérer. En souhaitant que l’amélioration du contexte le permette, notre préoccupation des années à venir sera de faire en sorte, en tant que membres de la Mars Society, que ce programme se concentre sur l’essentiel avec des délais plus resserrés. Pierre Brisson (28 avril 2010)
Problématique du Vol Habité
8 6 10 2 7Mars Society Switzerland
9 4 11 12 13 14