Latitudes Moyennes LCROSS Cycle eau arctique Calotte polaire SuiteCommuniqué NASA 10-131 du 3 juin 2010
Hémisphère NordL'eau
Spirit a trouvé du carbonate!
PASADENA, Calif. – Des roches examinées par le rover martien Spirit, de la NASA, contiennent la preuve d’un environnement ancien, humide et non acide, qui a pu être favorable à la vie. Il a fallu quatre ans d’analyse à plusieurs scientifiques pour en obtenir la confirmation. Un affleurement rocheux, que Spirit avait examiné à la fin 2005, a révélé de fortes concentrations de carbonates, minéraux qui se forment dans des conditions presque neutres et sont dissous par l’acide. L’eau qui avait été présente lors de cette formation était donc non acide.
Vu de près, l’affleurement “Comanche” montre une structure granuleuse et de multiples strates. Les scientifiques pensent qu’il s’agit de débris volcaniques recouvrant un terrain préexistant. Après qu’elle ait été déposée, la roche a été imprégnée d’une eau hydrothermale riche en carbonates. Image Pancam en fausses-couleurs. Credit: NASA/JPL/Cornell University
Les tests en laboratoire ont contribué à confirmer l’identification des carbonates. Les résultats ont été publiés en ligne le 3 juin par le journal Science. « C’est l’une des informations les plus significatives données par les rovers » dit Steve Squyres, de l’Université Cornell. Squyres est le chef de la recherche pour les rovers jumeaux martiens, Spirit et Opportunity, et co-auteur du nouveau rapport. « Un dépôt substantiel de carbonates dans un affleurement rocheux martien nous dit que des conditions qui ont pu être tout à fait favorables à la vie étaient, à un certain moment, présentes à cet endroit. » Spirit a examiné divers affleurements rocheux, y compris celui que les scientifiques appellent “Comanche”, sur le trajet allant du sommet de Husband Hill au voisinage de Home Plateau que Spirit a étudié dès 2006. Environ 25% du volume mesuré de Comanche est constitué de ferromagnésite (carbonate de fer et de magnésium). C’est une concentration dix fois plus forte que n’importe quelle concentration de carbonate précédemment identifiée dans une roche martienne.
« On a effectué un véritable travail de détective, en combinant les résultats de trois spectromètres pour bien nous en assurer. » dit Dick Morris, auteur principal du rapport et membre de l’équipe scientifique du rover au Johnson Space Center de la NASA, à Houston. « Les instruments nous ont permis des recoupements multiples qui confirment la présence de ferromagnésite avec une bonne maîtrise de l’évaluation de sa quantité. » On a recherché des dépôts massifs de carbonates sur Mars pendant des années, sans beaucoup de succès. De nombreux chenaux, apparemment creusés en surface de l’ancienne Mars par des flots d’eau liquide, suggèrent que la planète était auparavant plus humide, en raison d’un effet de serre résultant d’une atmosphère plus épaisse que celle d’aujourd’hui. L’ancienne atmosphère martienne dense était probablement riche en dioxyde de carbone puisque ce gaz constitue la quasi-totalité de l’atmosphère ténue d’aujourd’hui. Il est important de savoir ou est passée la plus grande partie du dioxyde de carbone. Selon certains il se serait échappé dans l’espace. Selon d’autres il a quitté l’atmosphère en se mélangeant à l’eau dans des conditions qui ont permis la formation de minéraux carbonés. Cette hypothèse se conjuguant avec la découverte de petites quantités de carbonates dans des météorites provenant de Mars, a conduit à penser, dans les années 1990, que les carbonates seraient abondants sur Mars. Cependant, les spectromètres embarqués par les satellites cartographiant les minéraux n’ont depuis lors trouvé de dépôts de carbonates que dans une seule région, sans compter les petites quantités contenues dans la poussière martienne, partout autour de la planète. Morris suspectait depuis des années que Comanche contenait des carbonates riches en fer, suite à l’examen qu’en avait fait le Spectromètre Moessbauer de Spirit, qui donne des informations sur les minéraux contenant du fer. Des confirmations en furent données progressivement par d’autres instruments. L’instrument qui avait le plus la capacité de détecter des carbonates, le « Miniature Thermal Emission Spectrometer » (« Mini TES »), a été très invalidé par la poussière, tôt dans l’année 2005, durant un coup de vent qui a en même temps dégagé les panneaux solaires. « C’était comme regarder à travers des verres de lunettes sales » dit Steve Ruff de l’Université d’Etat d’Arizona, un autre des co-auteurs du rapport. « Nous pouvions dire que Comanche était très différent d’autres affleurements que nous avions vus, mais nous ne pouvions pas dire pourquoi jusqu’à ce que nous développions une méthode de correction prenant en compte la poussière sur le miroir. » Le Spectromètre à rayon X pour les particules alpha de Spirit a détecté une forte concentration d’éléments légers, un groupe incluant le carbone et l’oxygène, qui a permis de quantifier le contenu en carbonate. Les rovers ont atterri sur Mars en janvier 2004 pour une mission qui à l’origine devait durer trois mois. Spirit n’a pas communiqué depuis le 22 mars. Il a été mis en hibernation pour la durée de l’hiver martien. Opportunity avance avec régularité vers un large cratère, Endeavour, qui est encore distant d’environ 12 km. Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, utilise les rovers d’exploration martiens pour le compte de la direction des sciences de l’agence spatiale, à Washington.
Commentaire: Il semble bien que le phénomène d’absorption du CO2 par l’eau n’ait pas connu sur Mars l’ampleur de celui qui a couvert notre planète Terre de calcaire. Cependant un peu de carbonate est mieux que pas de carbonate du tout et constitue la preuve de l’existence dans le passé d’un milieu favorable à la vie telle qu’on la connaît sur Terre. Comme cette hydratation des roches martiennes s’est terminée environ à l’époque où la vie s’éveillait sur Terre probablement dans ce type d’environnement, cela donne l’espoir qu’on puisse découvrir des faits expliquant ce qui s’est passé chez nous à cette époque et dont nous n’avons plus de trace en raison du travail ultérieur de l’érosion et de la tectonique des plaques. Ce type de découvertes justifie toujours davantage l’exploration de Mars. Pierre Brisson
Mars Society Switzerland
Dwayne Brown, Siège NASA; William Jeffs, Johnson Space Center, Houston; Guy Webster, Jet Propulsion Laboratory. Traduction et commentaire de Pierre Brisson
Volcanisme de Boue Nili Fossae