AdhérezLe Perchlorate et les composés organiques
La Météorite ALH84001La découverte de perchlorate dans le sol martien par Phoenix, force à la révision de l’analyse des examens effectués en 1976 par Phoenix.
Conception d'artiste de la sonde Phoenix à l'approche de l'hiver. Crédit image: NASA/JPL/Université d'Arizona Remarquer la taille du Soleil et le croissant blanc au dessus: la Terre. L'autre point, à droite, est sans doute Venus.
Info NASA (« release 10-76AR ») du 3 septembre 2010. Rachel Hoover / Ruth Dasso Marlaire Ames Research Center, Moffet Field, California Gabriela Frias Instituto de Ciencias Nucleares, Universidad Nacional Autonoma de Mexico Traduction et commentaire de Pierre Brisson L’identification d’une pièce manquante inspire une nouvelle lecture du puzzle Martien. Des expériences suscitées par une observation inattendue de l’atterrisseur Phoenix de la NASA en 2008, suggèrent que le sol examiné par les atterrisseurs Viking en 1976, pourrait avoir contenu des briques chimiques de vie basées sur le carbone.
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« Cela ne répond pas à la question de savoir si la vie a existé sur Mars mais cela pourrait faire une différence importante sur la manière dont nous devons rechercher les faits pour y répondre », dit Chris McKay du Centre de Recherche Ames de la NASA. McKay est l’un des co-auteurs de l’étude publiée en ligne par le « Journal of Geophysical Research-Planets », qui ré-analyse les résultats des examens effectués par Viking pour savoir si le sol martien contient des matières organiques. Les seuls éléments chimiques identifiés quand les atterrisseurs Viking ont chauffé des échantillons du sol martien, étaient du chlorométhane et du dichlorométhane (des composés chlorés interprétés à l’époque comme étant vraisemblablement des contaminants provenant de fluides utilisés pour le nettoyage des équipements avant leur envoi dans l’Espace). Mais ces éléments sont exactement ceux que la nouvelle étude a trouvés quand un peu de perchlorate (la nouvelle découverte de Phoenix) a été ajouté à un échantillon de sol du désert chilien contenant des composés organiques et que cet échantillon a été ensuite analysé en procédant comme l’avait fait Viking. Selon Rafael Navarro-González, de l’Université National Autonome de Mexico, auteur principal de l’étude : «Nos résultats suggèrent que non seulement des composés organiques mais aussi du perchlorate pourraient avoir été présents dans le sol des deux sites où se sont posés les Vikings.» Les composés organiques peuvent provenir de sources biologiques ou de sources non biologiques. Parmi les météorites qui pleuvent sur Mars et sur la Terre depuis cinq milliards d’années, nombreuses sont celles qui contiennent des composés organiques. Même s’il n’y avait jamais eu de vie sur Mars, les scientifiques anticipaient, avant les expériences de Viking, que le sol de Mars devrait contenir des composés organiques provenant des météorites. « L’absence de composés organiques fut une grosse surprise des résultats Viking.» dit McKay. « Mais, pendant trente ans, on a regardé un puzzle avec une pièce qui manquait. Phoenix nous a fourni la pièce manquante : le perchlorate. La découverte du perchlorate par Phoenix a été l’un des résultats les plus importants obtenus concernant Mars depuis l’époque des sondes Viking». Le perchlorate qui est un ion de chlore et d’oxygène, devient un oxydant fort quand il est chauffé. « Il peut subsister dans le sol martien à coté de composés organiques pendant des milliards d’années et ne pas les dissocier mais, quand on chauffe le sol, pour chercher ces composés organiques, le perchlorate les détruits rapidement, » dit McKay. Cette interprétation proposée par Rafael Navarro-González et ses quatre co-auteurs remet en question celle des scientifiques de Viking selon laquelle il n’y avait pas de composés organiques martiens dans leurs échantillons dans les limites de détection de leur expérience. Selon ces derniers, les composés chlorés devaient être des contaminants importés de la Terre. On attend maintenant des futures missions sur Mars et d’un examen plus approfondi des météorites martiennes sur Terre, qu’elles permettent de résoudre définitivement ce problème. Le rover Curiosity que la mission Mars Science Laboratory de la NASA posera sur Mars en 2012, embarquera l’instrument « Sample Analysis at Mars » (analyseur d’échantillons sur Mars, « SAM ») fourni par le Centre de vol spatial Goddard de la NASA (Maryland). Contrairement à Viking ou Phoenix, Curiosity peut se déplacer et peut donc analyser un plus grand nombre de roches et d’échantillons. SAM est équipé pour chercher des composés organiques dans le sol martien et dans des roches moulues en poudre, en chauffant des échantillons au four à des températures encore plus élevées que celles que pouvaient atteindre Viking et aussi en utilisant une méthode alternative d’extraction liquide, à une température beaucoup plus basse. Combiner ces méthodes sur une série d’échantillons peut permettre de vérifier la nouvelle hypothèse de cette étude selon laquelle l’oxydation par les perchlorates chauffés qui auraient pu être présents dans les échantillons de Viking, aurait détruit les composés organiques. L’une des raisons pour lesquels les composés chlorés trouvés par Viking furent interprétés comme des contaminants provenant de la Terre, était que le ratio des deux isotopes de chlore identifiés, correspondait au ratio 3/1 de ces isotopes sur Terre. Leur ratio sur Mars n’a pas encore été clairement déterminé. Si on trouve qu’il est très différent de celui de la Terre, cela confirmera l’interprétation de 1970. Si vraiment les composés organiques peuvent persister dans le sol à la surface de Mars, contrairement à la pensée dominante pendant trente ans, une des façons de chercher des preuves de vie sur Mars sera de rechercher de grosses molécules organiques complexes, telles que l’ADN, qui sont des indicateurs d’activité biologique. « Si les composés organiques ne peuvent subsister à la surface, cette approche ne serait pas raisonnable, mais s’ils le peuvent, c’est une autre histoire » dit McKay. La mission Phoenix a été conduite par le directeur de recherche Peter H. Smith de l’Université d’Arizona (Tucson) avec la gestion du projet au JPL de la NASA (Pasadena, Californie). La découverte du perchlorate par Phoenix a été documentée par Michael Hecht du JPL et ses co-auteurs. Le JPL, division du CalTech, gère aussi la mission Mars Science Laboratory pour la Direction des Missions d’Exploration de la NASA (Washington). Commentaire : Une surface martienne couverte de perchlorate n’est pas pour réjouir ceux qui envisageraient Mars comme un jardin où il ferait bon se promener. Le perchlorate est en effet un produit terriblement corrosif. Mais les « Martiens » de la Terre ne se laisseront pas décourager pour autant, bien au contraire. En effet ce perchlorate peut être simplement l’agent dissimulateur de ce que nous recherchons en priorité même si parfois nous pensons à autre chose : des preuves de vie sur une autre planète. Certes, nous ne les avons pas encore trouvées mais on est en train d’effacer une hypothèse contraire bien décevante. A cette occasion, admirons comment progresse la science : les chercheurs buttaient sur un problème qu’ils n’avaient pas pu expliquer tout à fait. Il restait comme un arrière gout d’insatisfaction. Pendant ces trente ans on était déçu mais on continuait à espérer car les résultats des expériences de Viking n’étaient pas logiques. La pièce manquante du puzzle trouvée, tout devient lisible. Il ne faut jamais accepter une approximation ou une démonstration non entièrement convaincante. La faiblesse d’un raisonnement peut cacher une énormité. Il faut continuer à chercher et quand on trouve, on a la satisfaction d’une logique impeccable. Pierre Brisson
La Vie
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