Le 8 décembre 2010 une société privée américaine, Space-X, a mis en orbite, à 250 km d’altitude, un satellite pouvant transporter une charge de 10 tonnes (y compris, moyennant quelques aménagements, un équipage de 7 personnes) et a fait atterrir, à partir de ce satellite, une capsule, en bonnes conditions.
2 4 5 3Credit NASA et Space.com
Mars Society Switzerland
Problématique du Vol Habité
11Space X, fondée en 2002, appartient à Elon Musk, l’ancien propriétaire et développeur de Paypal (qu’il a vendu la même année). Le coût du lanceur et de sa capsule n’est que de 200 millions de dollars et son lancement a été réussi dès la deuxième tentative. C’est un événement considérable. En effet, pour la première fois, une société privée accède véritablement à l’Espace (rien à voir avec les sauts de puce à 100 km d’altitude du Virgin Space Ship de Richard Branson). Elle est ainsi rentrée dans le club très fermé des entités capables de la même performance (NASA, Russie, ESA, Japon, Chine et Inde). Elle a prouvé que ce n’était pas un domaine réservé aux Etats et elle l’a fait à des conditions financières inouïes. En effet lorsque le défi « COTS » (pour « Commercial Orbital Transportation Services ») a été lancé en mai 2006 par la NASA (par le précédent administrateur, Mike Griffin) puis confirmé entre juin 2007 et février 2008 (par le nouveau, Charles Bolden), il semblait impossible de le relever aussi vite et de le gagner à ce prix. Devant la commission Augustine, Elon Musk avait affirmé qu’il pourrait réaliser un lanceur lourd (capable de mettre sur orbite basse terrestre, « LEO », une charge de 100 tonnes) pour 2,5 milliards de dollars et la Commission lui avait répondu que c’était impossible à moins de 35 milliards (NB : Pour comprendre l’extrapolation il faut savoir qu’en matière de propulsion, en utilisant les ergols chimiques actuels, on peut employer des techniques du même type pour lancer 10 tonnes ou pour lancer 100 tonnes ; cela coute simplement 10 fois plus cher). La crédibilité d’Elon Musk est ainsi établie et l’objection basée sur le prix, concernant une mission habitée pour explorer la planète Mars est à revoir sérieusement à la baisse. Pour cette entreprise, qui suppose de mettre en orbite basse terrestre précisément cette masse, la NASA envisageait des coûts nettement supérieurs à ceux de la Station Spatiale Internationale (quelques 200 milliards de dollars ?), le président de la Mars Society, Robert Zubrin, de son côté disait qu’on pourrait mener à bien le projet , selon son architecture « Mars Direct », pour quelques 20 milliards de dollars. Avec la prouesse d’Elon Musk, la vérité pourrait être beaucoup plus proche de ce que prétend Zubrin (à noter, en passant, la sympathie d’Elon Musk pour la Mars Society dont il est lui-même un généreux donateur). Au delà de l’aveu d’impuissance que représente ce beau succès car il met sur le devant de la scène la capacité et l’efficacité du secteur privé et a contrario les lourdeurs du système public, la nouvelle direction de la NASA mise en place par Barak Obama est quand même gagnante. Elle a fait le pari qu’il serait moins coûteux de faire appel au secteur privé que de développer son propre système et elle l’a gagné au-delà de ses espérances. Cette méthode, elle peut l’appliquer à d’autres projets mais le fera-t-elle. Décidera-t-elle enfin de désigner Mars comme son objectif et de le faire avec un calendrier réaliste, c’est à dire serré (pas un demi siècle mais 10 ans) ? Rien n’est moins certain car la NASA est prudente et timide. Ce n’est malheureusement pas l’Europe qui va pousser l’Amérique, endormie qu’elle est dans un carcan public multinational paralysant. Il semble que, de ce coté ci de l’Atlantique, le but soit seulement de faire « ronronner » une machine donnant satisfaction à tous les membres en faisant travailler un peu tout le monde en dépensant le moins possible et en prenant un minimum de risque. En contraste avec la démonstration éclatante de dynamisme de Space-X, le 7ème Space Meeting qui est la réunion des Etats membres de l’ESA et des Etats de l’Union Européenne, a produit le 25 novembre une « résolution » absolument consternante par son manque de vision et d’ambition. Sur le plan de l’exploration spatiale, le grand projet « européen » est de mener à bien la mission ExoMars, en coopération avec la NASA, en 2016 et 2018. Elle ne parle même plus d’un retour d’échantillons de Mars pourtant prévu antérieurement (initiative « iMars » lancée en 2008) pour les années…2020 et pour un coût de l’ordre de 8 milliards de dollars (ce que Elon Musk pourrait faire pour moins…s’il était autorisé à concurrencer l’ESA, un rêve !). Le budget que les Etats européens veulent bien consacrer à l’exploration spatiale est certes limité et c’est une première raison de ce manque d’ampleur de la politique spatiale commune. Mais, au-delà, il manque terriblement d’efficacité et d’ambition. Leur « objectif » de vol habité n’est en effet rien d’autre que de continuer à faire tourner l’ISS aussi longtemps que possible au-delà de 2020, tout en se demandant et en demandant aux Etats membres, ce qu’on pourrait bien y faire en matière d’expériences (appel à idées lancé en octobre de cette année). Certes il y a des possibilités d’utilisation intelligente de la Station mais on pourrait les exploiter dans le cadre de n’importe quel projet d’exploration et pas simplement en continuant à tourner autour de la Terre. L’ESA est un peu dans la situation d’un skieur expérimenté qui, appliquant le principe de précaution, joue le virtuose sur une piste verte en rêvant des grands espaces accessible par une piste rouge qu’il n’empruntera jamais. Il faut toujours faire ce qu’on est capable de faire. Autrement, on est frustré. En constatant le décalage entre la résolution du 25 novembre et le dynamisme de Space X, les Européens ont toutes les raisons de se sentir frustrés. Pierre Brisson Président de la Mars Society Switzerland Article publié dans Le Temps du 23 décembre 2010
Avec Falcon9, Elon Musk crée un nouvel espoir
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